
| Dans la douceur du soir qui tombe, la salle s’enveloppe de son écharpe de quiétude. |
Musique pour un instant de grâce par kemiso
Deux silhouettes noires et blanches contrastant avec l’atmosphère feutrée viennent d’investir le lieu. Leurs mouvements se font alternativement souples, aériens puis lourds comme ancrés dans le tapis du sol, s’effleurent, se croisent, se suspendent un instant pour repartir dans d’autres directions, d’autres formes. Les deux silhouettes évoluent avec une gestuelle similaire à deux danseurs. Le plus jeune s’arrête un instant et observe l’autre silhouette terminer son enchaînement sur une chute arrière qui résonne dans le silence du lieu. Son visage dans la lumière descendante parait jeune, mais laisse apparaître beaucoup de douceur et de patience. Le plus ancien ressemblerait plutôt à un moine guerrier. Il sent le regard de son jeune instructeur se poser sur lui et se place dans une attitude déférente. Dans l’espace habité, un mouvement puis un second qui enchaîne sur un suivant dans une rondeur et une précision déclenche dans son regard une brillance subtile. Il vient chercher cela. Cette étude du mouvement si simple en apparence, cette démonstration de l’intrication de la forme dans les mouvements de la vie. Sa démarche est quasi mystique dans l’apprentissage de cet art. Son jeune instructeur le sait et avec beaucoup de patience lui montre et remontre sans autre volonté que de servir de modèle. Il a reçu un enseignement de son maître qui lui permet de pouvoir transmettre certains gestes en vérité. L’obscurité s’installe de plus en plus et ne laisse plus que les formes blanches se définir, comme suspendues dans le vide, créant leurs arabesques dans cet espace sans limites. Puis les deux formes se posent telles deux corolles lumineuses sur le sol. Leurs voix murmurées remplacent le mouvement apparent des corps. Les mots vont et viennent alternativement dans un jeu similaire et réciproque. La vie se mélange à l’esprit. Ce n’est que bien plus tard que les deux silhouettes se saluent à l’issue d’un silence partagé et quittent la salle, laissant le silence minéral reprendre ses droits définitivement. |